Les échelles d’évaluation de la douleur 

Les échelles de la douleurs sont souvent très sollicitées par les universitaires, appréciées des équipes médicales,
souvent moins appréciées par les équipes d’accompagnement psychosocial, qui peuvent questionner leur utilité et les juger fastidieuses à mettre en œuvre. 
L’utilisation des échelles de la douleur est donc un vrai enjeu.

Nous recommandons principalement d’adapter leur usage par rapport aux besoins des équipes et des personnes accompagnées. 

Les échelles ne sont pas uniquement vouées à détecter ou exprimer la douleur. Celles-ci peuvent avoir plusieurs utilités :

  • Support de communication commun entre professionnels
  • Outil de suivi de santé
  • Aperçu général/ synthétique de l’historique de la douleur
  • Rendre visible des observations qui risqueraient de passer à la trappe
  • Nuancer et objectiver, confirmer ou infirmer des présupposés ou des intuitions

Si ces outils ne remplacent ni l’observation clinique ni les observations des accompagnants, ceux-ci peuvent cependant soutenir le travail en l’équipe pluridisciplinaire ou le travail avec d’autres professionnels.

 

Certaines échelles seront plus adaptées à certains publics, à certaines équipes, qui gagnent à se les réapproprier.
Nous proposons ici plusieurs échelles ainsi que les atouts et limites relevés par nos partenaires :  

échelles d’auto-évaluation, des échelles pour que la personne exprime sa douleur
et soit actrice de sa santé 

1) L’EVA (Echelle Visuelle Analogique)

Atouts

– Ne nécessite pas de vocabulaire spécifique pour décrire la douleur
– Permet une mesure quantitative de la douleur, exprimée par une note entre 0 et 10.
– Utile pour évaluer les variations de douleur dans le temps ou avant/après un traitement.

Limites

– Nécessite des habiletés motrices et conceptuelles
– Les équipes témoignent la connaitre mais l’utiliser peu souvent
– La manière de présenter l’échelle va influencer la réponse. La consigne a vraiment son importance
– Dépend du lien avec la personne qui accompagne l’usage de l’échelle

2) La FPS-R (Face Pain Scale – Revised) : l’échelle des visages

Atouts

– Usage plus simple que l’EVA
– Associer la douleur à une expression

Limites

– Faire le lien entre un sentiment de douleur et des expressions faciales
– Difficulté à comprendre les visages

3) L’échelle des 4 jetons

consiste à empiler des jetons rouges (plus la douleur est forte, plus il y a de jetons) 

Fonctionne sur base d’une consigne :
« Imagine que chaque jeton est un morceau de douleur, prends autant de jetons que tu as mal »

Atouts

– Concret
– Associer la douleur à un poids

Limites

– La consigne n’est pas toujours simple à comprendre (associer « autant de jeton que » à l’ampleur du douleur est complexe)
– Il n’y a pas de 0, d’état sans douleur
– Nécessité d’avoir des jetons avec soi


échelles d’hetéro-évaluation pour observer la douleur

Les recherches suggèrent qu’un observateur non familier peut fournir de bonnes appréciations de la douleur d’une personne déficiente intellectuelle si l’information est prélevée dans le cadre d’un protocole contrôlé ou à l’aide d’un outil validé → on peut, dans ces conditions, obtenir de fortes concordances entre l’évaluation des parents et celle d’un observateur non familier.

1) GED-DI : Grille Douleur-Déficience Intellectuelle

Elle est principalement utilisée dans le cadre du polyhandicap.
Des études semblent démontrer qu’elle pourrait convenir aux personnes sur le spectre de l’autisme.
Validée de la naissance à l’âge adulte auprès de personnes qui présentent des déficiences intellectuelles diverses, celle-ci permet donc de s’adapter

Consigne d’utilisation :
Comporte 30 items dont 27 sont applicables sans connaissance préalable de la personne souffrante.

Pour chaque item, 4 cotations possibles : 0, 1, 2 ou 3 (signe absent, observé occasionnellement, souvent ou très souvent)
ou « ne s’applique pas » (si la personne ne peut présenter ce comportement du fait de son handicap).

 Scores seuils : 6 = douleur légère ; 11 douleur sévère

L’échelle reste valide avec une partie seulement des items renseignés.

Atouts

  • Échelle qui permet d’évaluer la douleur, en particulier postopératoire, chez une personne souffrant de polyhandicap même si elle n’est pas connue par l’équipe soignante qui l’accueille.
  • Très complet et adaptable
  • Possible de cibler sur certaines personnes qui ont besoins plus particuliers
  • On pourrait, via les critères, distinguer une douleur aiguë ou chronique
  • Objectiver les observations (« ça on y avait peut-être pas pensé » dans l’évaluation)

Limites

  • Très compliqué (certaines personnes, dont les personnes présentant un double diagnostic ont ces comportements sans qu’ils soient douloureux)
  • Limites de temps pour certaines équipes qui peine à trouver les espaces pour remplir ce questionnaire
  • Très focalisé sur les symptômes physique et les répercussions sur le comportement (ce qui peut limiter) -> échelles des soins palliatifs peuvent être plus complètes à ce niveau là

2) DESS : échelle Douleur Enfant San Salvadour

Cette échelle est initialement dressée pour un public mineur, mais il est possible de l’adapter.
Elle a été élaborée et validée par une équipe dans une structure spécialisée dans l’accueil d’enfants et adultes polyhandicapés.

Consigne d’utilisation :

L’échelle comporte 10 items et une description très précise de chaque signe et de ses différents niveaux d’intensité.

La spécificité supplémentaire est que les modifications des signes neurologiques habituels
(hypertonie, spasticité, mouvements anormaux, troubles de la communication) sont enregistrés comme signes de douleur.

Cotation :  la cotation est effectuée de façon rétrospective sur 8 heures et selon le modèle suivant :

0 : Manifestations habituelles
1 : Modification douteuse
2 : Modification présente
3 : Modification importante
4 : Modification extrême

Seuil de traitement : à partir de 6, la douleur est certaine, il faut la traiter (à partir de 2, il y a un doute)

!! La grille est couplée à un dossier de base expliquant son usage et composé de questions décrivant le comportement habituel de la personne.
Ces informations sont obtenues auprès des parents ou en équipe quand une bonne connaissance du comportement habituel est acquise. 

Atouts

  • Complet et adaptable
  • Permet une description fine des comportements
  • Permet de se focaliser sur certains items   –> de priorétiser ce sur quoi être attentif

  • Permet d’observer les modifications dans les signes habituels, des changements de comportements
  • Objectiver les observations
  • Décrit bien le comportement de douleur des personnes avec polyhandicap. Il est conseillé de la remplir en équipe au cours des soins habituels

Limites

  • Compliquée d’usage
  • Limites de temps pour certaines équipes qui peine à trouver les espaces pour la remplir 
  • Nécessite une préparation en amont assez important (pour le dossier associé à la grille)
  • Plus efficace en équipe